A young woman speaking with a man in a conference setting

Vagues de changement : les voix de la jeunesse à l’origine du mouvement océanique 30×30

Ona Santisteban Uribarri, ambassadrice pour la protection des océans auprès de l’EarthEcho International, explique pourquoi l’inclusion des jeunes est cruciale pour le succès du 30x30 océanique.

Lorsque j’ai entendu parler pour la première fois du 30×30 — l’objectif mondial de protéger au moins 30 % des terres et des océans d’ici 2030 — cela me semblait n’être qu’une cible lointaine, un simple chiffre dans un document politique. Mais plus j’en apprenais, plus je comprenais qu’il s’agissait de bien plus qu’une statistique : c’est une promesse de réparer nos torts, de respecter la planète que nous appelons chez nous et de changer notre manière de voir et de prendre soin de l’océan.

Aujourd’hui, le 30×30 prend de l’ampleur dans le monde entier. Les gouvernements font des engagements, des aires marines protégées (AMP) sont créées à grande échelle, le Traité sur les hautes mers est entré en vigueur et la protection des océans figure enfin à l’agenda politique. Mais au-delà des discours et des signatures, une force puissante façonne ce que le 30×30 signifiera réellement : les jeunes qui apprennent, questionnent, s’organisent et exigent une protection qui ait du sens, et non seulement sur le papier.

Pour ma génération, l’océan n’est pas un horizon lointain : c’est là que notre avenir s’écrit. Nous grandissons au cœur d’un climat et d’un océan en crise, voyant la frontière entre l’espoir et la perte se déplacer à chaque marée. Les choix faits aujourd’hui détermineront le monde que nous hériterons : si les AMP protègent réellement la biodiversité, si les pêcheries prospèrent ou s’effondrent, et si les écosystèmes survivent ou disparaissent sous nos yeux.

C’est pourquoi le 30×30 compte tant pour nous. C’est l’une des dernières occasions de notre vie de passer de la gestion du déclin à la possibilité de restaurer les écosystèmes. Mais cela ne pourra se faire que si c’est bien fait.

Partout dans le monde, les jeunes restaurent activement les côtes, mènent des campagnes de sensibilisation, impliquent les pêcheurs et transforment des sciences complexes en histoires accessibles à tous, quels que soient l’âge, le parcours ou le milieu de vie. Des programmes comme l’initiative des Ambassadeurs pour la protection des océans d’EarthEcho International permettent aux jeunes leaders de relier des engagements mondiaux tels que le 30×30 à des actions locales. Nous n’apprenons pas seulement ce que signifie protéger l’océan : nous le pratiquons : en mobilisant nos communautés, en plaidant pour des protections renforcées et en veillant à ce que la conservation reflète à la fois la science et l’équité sociale.

L’un des aspects les plus puissants de l’action océanique menée par les jeunes est sa capacité à passer aisément d’une échelle locale à une échelle globale.

En tant qu’Ambassadrice pour la protection des océans auprès d’EarthEcho International, j’ai commencé par travailler au niveau communautaire, en collaborant avec des scientifiques marins et des parties prenantes locales en Europe pour mieux comprendre le fonctionnement pratique des AMP. Une grande partie de mon travail consistait à transformer des recherches scientifiques denses en outils éducatifs simples et attrayants, que d’autres jeunes pouvaient réellement comprendre et utiliser.

Cet ancrage local s’est avéré inestimable lorsque je suis entrée dans les espaces de décision politique. Lors de forums régionaux et internationaux, notamment les Journées des Stratégies Macro-régionales et des Bassins Marins, j’ai partagé des exemples concrets tirés de mon expérience vécue. Aux côtés d’autres ambassadeurs, j’ai coordonné une lettre conjointe des jeunes appelant à l’interdiction du chalutage de fond dans les AMP de l’UE, que j’ai pu remettre directement au Commissaire à la pêche et aux océans. Ce qui rend le plaidoyer des jeunes puissant, c’est précisément cet esprit de collaboration : notre concentration commune sur l’impact plutôt que sur l’ego, et sur le sens plutôt que sur la politique.

Les jeunes apportent également quelque chose de précieux dans ces espaces : l’honnêteté. Alors que certaines institutions peuvent hésiter à dénoncer les réalités difficiles, nous parlons directement et de manière transparente de ce qui ne fonctionne pas. Cette clarté contribue à combler le fossé entre l’expérience vécue et la politique, en rendant la gouvernance océanique responsable, humaine et ouverte à des solutions qui pourraient autrement être négligées.

Les voix des jeunes ne sont plus silencieuses dans la gouvernance mondiale des océans. Nous sommes désormais une présence visible — aux COP sur le climat, à la Conférence Our Ocean, à la Conférence des Nations Unies sur les océans et aux dialogues politiques régionaux — représentant la génération qui vivra avec les résultats de l’ambition 30×30 et de chaque décision prise aujourd’hui.

Pour moi, la Conférence des Nations Unies sur les océans 2025 à Nice a été un tournant. En entrant dans les plénières et les événements parallèles, j’ai ressenti l’ampleur de la coordination mondiale en temps réel. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est la communauté de jeunes leaders océaniques, rencontrant des pairs passionnés venus de tous les continents, partageant défis et stratégies, et assistant au lancement de la Coalition of Emerging Ocean Leaders (CEOL). Cette semaine-là, je n’étais pas simplement spectatrice des processus mondiaux : je participais à des conversations qui intégraient les perspectives des jeunes dans les espaces politiques aux côtés de ministres, de scientifiques et d’ONG.

Cette visibilité est importante. Elle montre que des années de persévérance portent leurs fruits. Mais être visible n’est pas la même chose qu’être entendu. Trop souvent, le rôle des jeunes reste symbolique : nous sommes invités à parler mais pas à décider, cités comme les « leaders de demain » alors que nous peinons encore à influencer les décisions prises aujourd’hui. Malgré tout, nous continuons à revendiquer plus que de la visibilité : une participation réelle et une co-création dans les décisions qui façonnent l’avenir des océans.

La collaboration intergénérationnelle ne consiste pas à faire des compromis, mais à créer de la complémentarité. Les jeunes apportent l’urgence, la créativité et la capacité de mobiliser les communautés à grande vitesse. Les leaders plus expérimentés apportent leur connaissance des institutions, leur accès et leur expérience dans la navigation de systèmes complexes. Lorsque ces forces se combinent, elles génèrent un élan que aucun des deux groupes ne pourrait atteindre seul.

Cette année marque un tournant. L’entrée en vigueur du Traité sur les hautes mers constitue un moment historique après des décennies de négociations, témoignage de ce que la persistance à travers les générations peut accomplir. À mi-parcours de cette décennie, les jeunes sont prêts à mettre en œuvre les promesses de ce Traité tout en intensifiant le soutien au 30×30 à l’échelle mondiale.

En 2026, les jeunes leaders issus des programmes d’Ambassadeurs jeunesse d’EarthEcho International pousseront les gouvernements à passer des engagements à l’action — en participant à des événements et forums politiques mondiaux clés, tels que la Conférence Our Ocean, la COP17 de la CDB et la COP31 de la CCNUCC, ainsi qu’aux espaces politiques nationaux, pour contribuer à façonner la mise en œuvre du 30×30. Notre objectif est clair : soutenir la création de nouvelles aires protégées bien conçues, faire progresser la mise en œuvre du Traité sur les hautes mers pour protéger la biodiversité au-delà des frontières nationales, et renforcer la qualité des AMP existantes afin qu’elles produisent de réels bénéfices écologiques et sociaux.

Alors que 2026 se déploie, les jeunes ne restent pas spectateurs de ce moment. Nous y prenons part activement en contribuant à définir ce à quoi ressemble une protection océanique véritablement significative, et en veillant à ce que la promesse du 30×30 se traduise par une protection durable pour les générations à venir.

Le succès du 30×30 ne se mesurera pas uniquement en pourcentages sur un rapport. Il se mesurera à la capacité des jeunes à être réellement autonomes et inclus, non pas comme des figures symboliques, mais comme de véritables partenaires.

Les gouvernements, les ONG et les acteurs industriels doivent cesser de considérer les jeunes comme « la prochaine génération » et commencer à travailler avec nous comme cette génération : une génération déjà engagée dans la recherche, la restauration et la réinvention de l’avenir des océans. Cela implique de partager les responsabilités, de financer les initiatives menées par des jeunes et d’ouvrir la porte à la co-création à tous les niveaux de la prise de décision.

Nous n’attendons pas l’espoir, nous le construisons. À travers les communautés et les continents, les jeunes démontrent que le 30×30 peut être bien plus qu’un objectif politique. Il peut devenir une promesse vivante : un océan florissant digne d’être hérité.

19 February 2026 9 min de lecture

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Sam Mehmet