Manta rays in Hawaii

De l’entrée en vigueur à l’action : le leadership autochtone et le Traité sur la haute mer

Avec l’entrée en vigueur du Traité sur la haute mer, Solomon Pili Kahoʻohalahala, également connu sous le nom d’Oncle Sol, partage ce qui doit être mis en place pour garantir que l’accord international soit mis en œuvre de manière efficace, en intégrant les savoirs et le leadership autochtones dès le départ.

L’entrée en vigueur du Traité sur la haute mer n’est pas seulement une étape juridique ; elle rappelle que le soin apporté à l’océan est un travail ancien, patient et partagé de génération en génération. Pour beaucoup d’entre nous à Hawaiʻi et dans l’ensemble de l’Océanie, ce moment fait écho à des responsabilités qui nous ont été confiées bien avant l’existence des frontières, des traités ou des institutions modernes.

Dans notre récit de création, le Kumulipo, la vie commence dans les profondeurs les plus sombres et les plus obscures de l’océan. De cette obscurité a émergé le premier être vivant – l’ʻuku koʻakoʻa, le premier polype de corail, notre ancêtre le plus ancien. En s’élevant dans la colonne d’eau, en atteignant les rivages, en se répandant sur la terre et en s’élevant vers les cieux, cette généalogie nous enseigne quelque chose d’essentiel. Nous ne sommes pas séparés de l’océan. Nous en sommes issus. Et, de ce fait, nous portons une responsabilité intrinsèque d’en prendre soin.

Les savoirs autochtones ne sont pas seulement symboliques ou cérémoniels ; ils sont pratiques, vécus et éprouvés au fil du temps. Pendant des générations, nos peuples ont traversé le vaste Pacifique à bord de pirogues de voyage, guidés par les étoiles, les vents, les courants et les nuages. Nous avons appris à lire l’océan, à nous déplacer avec lui plutôt que contre lui, et à ne prendre que ce dont nous avions besoin afin que la vie puisse continuer dans l’abondance. Ces connaissances relient toutes les nations insulaires de l’Océanie et nous rappellent que l’océan n’est pas un espace vide. C’est un système vivant qui nous unit.

Alors que le Traité sur la haute mer entre en vigueur, cette compréhension semble plus pertinente que jamais. Ce qui se passe au-delà de l’horizon a de réelles conséquences pour la vie le long de nos côtes et entre nos îles.

Le Traité sur la haute mer est le premier accord mondial juridiquement contraignant consacré à la protection de la biodiversité dans les eaux internationales – le vaste océan ouvert situé au-delà de toute juridiction nationale et qui couvre près de la moitié de la planète. Pendant trop longtemps, ces eaux ont été régies par des règles fragmentées, incapables de prévenir la surpêche, la pollution et les activités destructrices telles que l’exploitation minière en eaux profondes et le chalutage de fond.

Au cœur de cet accord, des outils sont prévus pour conserver et utiliser de manière durable la biodiversité marine dans les eaux internationales, contribuant ainsi à l’objectif mondial « 30×30 ». Ils incluent la création d’aires marines protégées (AMP), l’obligation de réaliser des évaluations d’impact environnemental, des mécanismes de partage des ressources génétiques marines, ainsi que des engagements en matière de renforcement des capacités et de transfert de technologies pour les économies émergentes.

Après des décennies de négociations et l’atteinte des ratifications requises en septembre 2025, l’Accord sur la biodiversité au-delà de la juridiction nationale (BBNJ), communément appelé le Traité sur la haute mer, est passé de la promesse à la réalité. Son entrée en vigueur marque un moment historique pour la gouvernance des océans, mais ce n’est que le début. La véritable épreuve réside dans la manière dont ce traité sera mis en œuvre, dans qui dirigera le processus et dans sa capacité à assurer une protection réelle des écosystèmes marins et des communautés côtières qui en dépendent.

Pour la première fois, les gouvernements peuvent désigner et gérer collectivement des zones protégées à grande échelle dans les eaux internationales, protégeant ainsi des habitats écologiquement riches tels que les monts sous-marins, les dorsales océaniques et les corridors migratoires. Ces écosystèmes sont essentiels à la santé et à la résilience de l’océan, en particulier face aux perturbations climatiques.

L’entrée en vigueur ouvre la voie à l’action. Les gouvernements peuvent désormais commencer à proposer officiellement des AMP dans les eaux internationales, en s’appuyant sur des données scientifiques et des savoirs traditionnels. La Conférence des Parties (COP) supervisera la mise en œuvre en tant qu’organe directeur du traité, la COP1 devant fixer le cap en matière d’ambition, de transparence et d’inclusion.

Ce moment est particulièrement important pour les communautés côtières. Bien que la haute mer puisse sembler lointaine, elle est profondément liée aux moyens de subsistance côtiers. Les stocks de poissons migrent à travers les frontières, les courants océaniques régulent le climat à l’échelle mondiale, et les dommages aux écosystèmes des grands fonds peuvent se répercuter jusqu’à nos rivages. Protéger l’océan ouvert renforce la sécurité alimentaire, soutient les pêcheries durables et aide à protéger les régions côtières des impacts climatiques.

Parallèlement, le traité constitue un contrepoids à la pression croissante des industries extractives. Alors que certains gouvernements et entreprises cherchent à ouvrir les grands fonds à l’exploitation minière, le Traité sur la haute mer offre une voie qui privilégie la protection, la science et la gestion à long terme plutôt que le profit à court terme.

Les peuples autochtones ont été au cœur du succès du Traité sur la haute mer, même lorsque nos contributions n’étaient pas toujours visibles. Les leaders autochtones, les détenteurs de savoirs et les défenseurs ont constamment réclamé un cadre de gouvernance océanique fondé sur la responsabilité, l’équité intergénérationnelle et le respect des systèmes vivants. Ces valeurs ont contribué à façonner les dispositions relatives à la gestion écosystémique, au principe de précaution et à l’inclusivité.

Pour de nombreuses cultures autochtones, la distinction entre les eaux côtières et la haute mer n’existe pas. Les traditions de navigation océanique, les espèces migratrices et les responsabilités ancestrales s’étendent sur de vastes distances, reflétant l’immensité même de l’océan. Les systèmes de savoirs autochtones offrent des connaissances approfondies sur la connectivité océanique, les cycles saisonniers et les relations durables avec la mer—des enseignements essentiels pour une protection marine efficace.

Pourtant, l’entrée en vigueur ne garantit pas automatiquement l’inclusion des peuples autochtones. Pour que le traité atteigne tout son potentiel, les peuples autochtones et les communautés côtières doivent être véritablement impliqués dans la conception, la gouvernance, le suivi et la prise de décision concernant les AMP. Cela inclut la participation aux processus de la COP1, la reconnaissance des savoirs autochtones aux côtés de la science occidentale, ainsi que le soutien aux initiatives de conservation menées par les communautés. Nos cultures reposent sur la réciprocité, la gestion responsable et la pensée à long terme, et ces valeurs sont essentielles pour que ce traité réussisse au-delà des textes et des promesses.

Comme pour tout voyage réussi, ce traité exigera unité, humilité et respect pour les savoirs qui ont guidé les peuples de l’océan vers leur foyer pendant des milliers d’années.

Le traité offre également aux communautés côtières la possibilité d’influencer la gestion de la haute mer. Les évaluations d’impact environnemental peuvent aider à prévenir les activités nuisibles avant qu’elles ne commencent. Les AMP peuvent protéger les espèces migratrices qui soutiennent la pêche à petite échelle, et les dispositions de renforcement des capacités peuvent renforcer le suivi local, la recherche et l’application des règles. Lorsqu’ils sont mis en œuvre de manière inclusive, ces outils peuvent renforcer la résilience des communautés et la continuité culturelle. Ils créent également un espace pour de nouvelles voies économiques fondées sur la conservation plutôt que sur l’extraction.

La célébration est importante, et nous honorons ce moment. Mais la célébration doit toujours être suivie de responsabilité. L’entrée en vigueur du Traité sur la haute mer doit se traduire par des actions significatives et durables. Les nations qui ne l’ont pas encore ratifié doivent le faire, afin que tous ceux qui bénéficient de l’océan partagent également le devoir d’en prendre soin. Les premières zones protégées doivent être choisies avec sagesse, guidées par leur importance écologique et leur résilience, et non par commodité.

Tout aussi important est la manière dont nous avançons ensemble. Les peuples autochtones et les communautés côtières ne sont pas des voix à ajouter à la fin de la discussion. Nous sommes des peuples de l’océan. Nos savoirs proviennent de générations de vie, de voyages et d’observations de la mer. Nous devons être reconnus comme des leaders et des partenaires dès le départ, avec des processus fondés sur la transparence, l’équité et la responsabilité. Ce n’est qu’alors que ce traité pourra devenir un accord vivant, et non de simples mots sur le papier.

Nous savons que l’océan est vaste, mais il n’est pas infini. Ce moment nous place à un tournant décisif. Si nous plaçons le leadership autochtone au centre et honorons les savoirs des communautés côtières, nous pouvons faire en sorte que les grands fonds restent vivants et abondants, non seulement pour cette génération, mais aussi pour celles à venir.

En protégeant la haute mer, nous remplissons notre responsabilité envers nos ancêtres comme envers nos descendants. En prenant soin de l’océan, nous prenons soin de nous-mêmes.

Crédit de l’image en en-tête : Toby Matthews / Ocean Image Bank

16 January 2026 9 min de lecture

About the author

Solomon Pili Kahoʻohalahala

Solomon “Uncle Sol” Kahoʻohalahala is a seventh-generation native Hawaiian from Lānaʻi, renowned for his lifelong dedication to ocean preservation and the perpetuation of Hawaiian cultural traditions. He is nurtured in the ways of his Kūpuna (ancestors) and continues to carry on their teachings, their knowledge and experiences of all things Hawaiian with a deep respect for the people, the land, the sea and for all things in nature. He is the current Chairman and native Hawaiian Elder of the Papahānaumokuākea Marine National Sanctuary Advisory Council and continues to serve as the current Chair of the Hawaiian Islands Humpback Whale National Marine Sanctuary Advisory Council and has served as Cultural Community Member of the Pacific Islands Heritage Marine National Monument. He continues to participate as a longterm member of the Native Hawaiian Cultural Working Group which leads efforts to protect Hawaiʻi’s marine environments and advocates for the integration of indigenous knowledge in conservation. In the past four decades, Uncle Sol has served as an elected public official serving six years at the Maui County Council and five years at the Hawaiʻi State Legislature. He was appointed and elected Chair of the Hawaiʻi Sovereignty Commission; appointed Executive Director of the Kaho’olawe Island Reserve Commission; organized the Lānaʻi - Protect Kahoʻolawe ʻOhana; is a crewmember of the Hōkūleʻa, a Hawaiian voyaging double-hulled canoe; and has served on numerous boards and commission at County, State, Federal and NGO levels. A crewmember of the voyaging canoe “Hōkūleʻa” since 1975, Uncle Sol has helped revive traditional navigation, strengthening the cultural and spiritual connections between Hawaiians and the deep sea. He founded the Maunalei Ahupuaʻa Community Mauka-Makai Managed Area to empower the community of Lānaʻi - especially youth - to steward their nearshore waters, ridge-to-reef lands, and to accept the inherent cultural heritage of ensuring the protection of the fragile natural and cultural resources. Through leadership, education, and community action, Uncle Sol continues to inspire efforts that honor the deep relationship between the Hawaiian people and the ocean.