Aerial view of fishing village of Djiffer. Saloum Delta National Park, Joal Fadiout, Senegal. Africa.

Une nouvelle ère pour les hautes mers : le plan directeur de l’Afrique de l’Ouest pour la gouvernance mondiale des océans

Sikeade Oluwakemi Egbuwalo, point focal nigérian pour le BBNJ, réfléchit au rôle central des pays d’Afrique de l’Ouest dans l’élaboration du Traité sur les hautes mers et se projette sur le leadership de la région dans la promotion de propositions d’AMP en haute mer inclusives, efficaces et co-gérées.

Le samedi 17 janvier a marqué un moment historique pour l’océan. L’Accord sur la biodiversité au-delà des juridictions nationales (BBNJ), communément appelé Traité sur les hautes mers, est entré en vigueur. Il ne s’agit pas seulement d’un succès diplomatique, mais d’une victoire pour l’humanité et d’un témoignage du pouvoir du leadership africain. L’océan est le moteur de notre planète, et pour l’Afrique de l’Ouest, il est le cœur battant de nos communautés.

Pour la première fois, la communauté internationale dispose désormais d’un cadre juridiquement contraignant pour conserver et gérer durablement la biodiversité marine au-delà des juridictions nationales, qui représentent près des deux tiers de l’océan mondial.

L’entrée en vigueur n’est pas seulement une raison de célébrer : c’est un appel à l’action.

POURQUOI L’ENTRÉE EN VIGUEUR EST IMPORTANTE

Le Traité sur les hautes mers a été négocié pour combler une lacune critique du droit international. Alors que les États côtiers ont juridiction sur leurs eaux territoriales et leurs zones économiques exclusives, d’immenses zones océaniques situées au-delà de ces zones restent largement non réglementées, un « Far West » avec peu de protections légales. Ce vide de gouvernance a rendu les hautes mers vulnérables à la surpêche, aux activités illégales, à la pollution et aux menaces émergentes telles que l’exploitation minière en eaux profondes.

Maintenant que le Traité est entré en vigueur, nos aspirations à protéger les hautes mers peuvent devenir un droit international juridiquement contraignant. Les pays qui l’ont ratifié peuvent et doivent désormais commencer à mettre en œuvre les mécanismes centraux du traité, notamment la désignation et la gestion d’aires marines protégées (AMP) en haute mer, la réalisation d’évaluations d’impact environnemental, le financement du renforcement des capacités et le partage des bénéfices issus des découvertes marines susceptibles de transformer les traitements médicaux ou de donner naissance à de nouveaux produits commerciaux.

L’entrée en vigueur transforme l’ambition en obligation et la vision en action.

L’Afrique de l’Ouest s’est imposée comme un leader mondial dans la promotion du Traité sur les hautes mers. Au moment de la rédaction, douze pays d’Afrique de l’Ouest ont signé le Traité et sept l’ont déjà ratifié, faisant de notre région le bloc le mieux représenté parmi les Parties BBNJ dans le monde.

Pour notre région, les hautes mers ne sont ni lointaines ni abstraites. Elles sont directement liées à la survie, à la sécurité alimentaire et aux moyens de subsistance de millions de communautés côtières. Elles abritent une biodiversité unique et soutiennent des stocks de poissons commercialement importants qui font vivre les économies locales. Protéger les hautes mers, c’est protéger nos populations. Mais nos hautes mers offrent des avantages qui vont bien au-delà de nos côtes : elles sont cruciales pour réguler le climat mondial et produisent la moitié de l’oxygène de la planète.

La création d’aires marines protégées fortement et entièrement protégées dans les eaux internationales est essentielle pour atteindre l’objectif mondial « 30×30 » : protéger au moins 30 % des océans d’ici 2030. Actuellement, seulement 1,5 % des hautes mers sont protégées ; sans action au-delà des frontières nationales, cet objectif restera hors de portée.

La science montre que des AMP bien gérées restaurent les populations de poissons, protègent les espèces menacées et renforcent la résilience face au changement climatique. Pour le Nigéria et d’autres pays de la région confrontés à une pression croissante due à la pêche illégale, à la pollution et aux impacts climatiques, les AMP ne sont pas facultatives ; elles sont urgentes.

Une priorité majeure pour notre sous-région est la proposition d’une AMP en haute mer fortement et entièrement protégée dans la zone de convergence des courants des Canaries et de Guinée. Cette zone écologiquement riche s’étend du Cap-Vert et du Sénégal jusqu’au Nigéria et à São Tomé-et-Príncipe, englobant une zone de transition biologiquement productive entre les systèmes tempérés et tropicaux.

Cette zone de convergence constitue un corridor migratoire, une zone de reproduction et une nurserie pour de nombreuses espèces, tout en influençant le climat régional et les régimes de précipitations. Sa protection apportera des bénéfices étendus et contribuera à préserver la connectivité écologique dont dépendent les pêcheries côtières.

Notre proposition d’AMP établit un précédent solide pour une protection de qualité, plutôt que de créer un autre « parc sur papier » qui n’existe que sur les cartes sans offrir de réelle protection en mer. Grâce à cette proposition, la communauté internationale a l’occasion de démontrer comment le Traité peut produire des résultats de conservation concrets et applicables, et nous devons tous nous unir pour saisir cette opportunité.

À l’approche rapide de 2030, le retard n’est pas une option. La première vague de propositions d’AMP dans le cadre du Traité définira sa crédibilité et son ambition. Alors que nous attendons que les pays restants ratifient, la mise en œuvre doit commencer. Le Nigéria a inscrit la participation des parties prenantes à tous les niveaux du processus BBNJ. Son engagement envers des critères écologiques stricts, des mécanismes d’application robustes, des arrangements équitables de partage des bénéfices et la protection des moyens de subsistance locaux guide chacune de ses décisions.

Nous avons reconnu que les contraintes de capacités et de ressources ont ralenti les efforts de protection marine par le passé. L’absence d’AMP dans certaines eaux nationales reflète ces défis, et non un manque de volonté politique. Grâce à un meilleur accès au financement, à la coopération régionale et au soutien international, nous sommes désormais en mesure d’accélérer l’action tant au niveau national que sur les hautes mers.

Le Traité sur les hautes mers offre un potentiel transformateur pour le Sud global. Il crée des voies permettant aux pays en développement de participer à la prise de décisions, d’accéder à la technologie, de renforcer les capacités scientifiques et de bénéficier équitablement des ressources génétiques marines. La protection des hautes mers contribuera également à renforcer la sécurité alimentaire, à stabiliser les pêcheries et à soutenir la résilience face au climat.

Tout aussi important, le Traité place l’équité au cœur de son approche. Il reconnaît que ceux qui sont les plus affectés par la dégradation des océans, et qui sont souvent les moins responsables, doivent être prioritaires en matière de financement, de transfert de technologies et de gouvernance.

Le Traité sur les hautes mers offre au monde une opportunité unique de protéger l’océan commun. C’est un signal d’alarme pour tous les gouvernements : ratifier l’Accord sans délai, soutenir la proposition d’AMP en haute mer de l’Afrique de l’Ouest et participer activement à la première Conférence des Parties (COP1).

La COP1 doit être un moment de progrès réel : faire avancer des propositions ambitieuses d’AMP, mobiliser des financements et veiller à ce que la science, l’équité et l’urgence guident la mise en œuvre. Les hautes mers appartiennent à nous tous. Les protéger est un impératif moral, écologique et économique pour l’Afrique de l’Ouest, pour l’Afrique, pour le Sud global et pour l’humanité tout entière.

Notre objectif est clair et nous disposons désormais des outils pour agir ensemble en faveur de l’océan.

L’Afrique est prête. Le monde doit désormais suivre.

05 February 2026 8 min de lecture

About the author

Sikeade Oluwakemi Egbuwalo

Sikeade is an experienced conservationist and forestry expert, committed to developing nature-based solutions to climate change impacts and to conserve biodiversity. She has played a pivotal role in shaping environmental policies and strategies, both internationally and to safeguard the Nigeria's ecological heritage. Throughout her tenure as a Senior Forest Officer and Technical Advisor, Sikeade has spearheaded numerous initiatives as the United Nations Convention on Biological Diversity (CBD) National Focal Point and Project Coordinator for NBSAP Update and the Seventh National Report to the CBD. She is also Nigeria’s National Focal Point for the CBD Clearing-House Mechanism and the National Focal Point for the CBD Subsidiary Body on Scientific, Technical and Technological Advice. Sikeade convened the first-ever ECOWAS Negotiation Coordination on Biodiversity for the Post-2020 Global Biodiversity Framework, regional coordination meetings on the implementation of the Kunming-Montreal Biodiversity Framework as well as the Africa Finance Nature Forum held at the Africa Protected Areas Congress. She is also a member of the African Group of Negotiators for Biodiversity Finance and GBF Indicators. Sikeade's expertise has also been sought for the Review of IPBES Global Assessment on Biodiversity and Ecosystem Services and for the implementation of the Pollinator-Friendly Land Degradation Neutrality Target Action Plan. She is currently, managing, numerous GEF project such as Net Zero Nature Positive Accelerator Program and the Capacity Building Initiative for Transparency in reporting Paris Agreement and also serve as Steering Committee Member for various GEF projects. Sikeade's commitment extends to representing Nigeria in global initiatives such as the Leaders Pledge for Nature, Global Ocean Alliance, Blue Leaders Campaign, and High-Ambition Coalition. Sikeade's ultimate objective is to strengthen the capacity of Nigeria and ECOWAS member states in combating biodiversity loss and addressing the climate crisis through nature-based solutions and improved national and international legal frameworks.