Un tournant pour la protection des océans au Ghana
DES PREUVES À L’ACTION
Le 14 avril 2026, le Ghana a franchi une étape décisive pour sécuriser l’avenir de son océan avec la déclaration de l’aire marine protégée de Greater Cape Three Points, sa première aire marine protégée (AMP) officiellement désignée.
S’étendant sur environ 703,86 kilomètres carrés et regroupant 21 communautés côtières le long de la côte ouest du Ghana, cette zone d’importance écologique abrite des frayères et des zones de nurserie essentielles pour les poissons, des systèmes de récifs rocheux qui soutiennent la biodiversité, ainsi que des écosystèmes de mangroves qui protègent les littoraux et soutiennent les moyens de subsistance. Ces écosystèmes sont au cœur de la sécurité alimentaire, de l’activité économique et de la résilience climatique, faisant de cette déclaration historique une avancée majeure dans les efforts du Ghana pour réformer la gestion des pêches et renforcer la gouvernance des océans.
Cette étape majeure est le fruit de plus d’une décennie de recherche scientifique, d’élaboration de politiques publiques et d’un engagement soutenu des parties prenantes. Des premières initiatives de gouvernance côtière aux récents relevés écologiques et réformes nationales, le Ghana a construit les bases nécessaires pour passer de l’ambition à la mise en œuvre.
Cette aire marine protégée ne doit toutefois pas être considérée isolément. Elle s’inscrit dans un ensemble plus large de mesures de gestion des pêches visant à reconstituer les stocks halieutiques, à intégrer la durabilité et à restaurer l’abondance. Celles-ci comprennent des périodes de fermeture, un renforcement de l’application de la réglementation, des restrictions sur les engins de pêche, des limites de capacité des flottes et des systèmes de cogestion. Ensemble, ces mesures traitent de manière coordonnée et complémentaire à la fois la pression de pêche et la santé des écosystèmes.
Le processus a également été soutenu par un examen approfondi des cadres juridiques et politiques afin de garantir que la création d’aires marines protégées (AMP) au Ghana repose sur les lois nationales existantes et s’aligne sur les engagements internationaux. Cet examen a confirmé qu’il existe une base juridique suffisante dans le cadre actuel du Ghana — notamment en matière de pêche, d’environnement et de planification spatiale — pour appuyer la déclaration et la gestion des AMP. Il a également mis en évidence la nature intrinsèquement multisectorielle des AMP, qui nécessite une coordination étroite entre les ministères, les autorités de régulation et les collectivités locales, ainsi que des étapes procédurales claires pour leur désignation officielle, leur annonce et leur mise en œuvre.
LES COMMUNAUTÉS CÔTIÈRES AU CŒUR
Au cœur de cette initiative se trouve la reconnaissance que la conservation doit bénéficier à la fois aux populations et aux écosystèmes.
Les communautés côtières de la zone de Greater Cape Three Points dépendent depuis longtemps des ressources marines pour leurs moyens de subsistance. Grâce à un vaste processus de consultation des parties prenantes, les pêcheurs, les transformatrices et transformateurs, ainsi que les autorités traditionnelles ont contribué directement à l’identification des zones écologiquement importantes, en particulier les affleurements rocheux situés dans la zone d’exclusion côtière, qui servent de zones d’alimentation et de reproduction.
Leurs connaissances ont été combinées aux recherches scientifiques et intégrées dans la conception de l’AMP, garantissant que le processus reflète à la fois les savoirs écologiques locaux et les données empiriques. Cette approche intégrée de cogestion est essentielle : elle renforce la légitimité, instaure la confiance et améliore le respect des règles, tout en veillant à ce que la conservation ne soit pas imposée aux communautés, mais conçue pour et avec elles.

LA PROTECTION DES OCÉANS EST AUSSI UNE PROTECTION ÉCONOMIQUE
Protéger l’océan n’est pas seulement une priorité environnementale, c’est aussi une nécessité économique.
Le secteur de la pêche au Ghana fait vivre plus de 3 millions de personnes et joue un rôle central dans la sécurité alimentaire nationale. Pourtant, les principaux stocks halieutiques, en particulier les petits pélagiques — « le poisson du peuple » — comme la sardinelle, ont connu un déclin sévère ces dernières années.
Aucune intervention unique ne peut inverser cette tendance. Des mesures telles que les périodes de fermeture et les restrictions sur les engins de pêche contribuent à réduire la pression de pêche, tandis que la protection spatiale permet aux habitats essentiels de se reconstituer et de continuer à soutenir les populations de poissons.
En protégeant ces écosystèmes, l’AMP vient compléter les mesures existantes de gestion des pêches et contribue à reconstituer les stocks, à stabiliser les captures et à renforcer la résilience des économies côtières. En ce sens, la protection des océans n’est pas une contrainte au développement, mais en constitue le fondement.
ZONAGE, SUIVI ET SCIENCE
L’efficacité de cette première AMP repose également sur la manière dont elle sera structurée et gérée.
Plutôt que d’imposer des restrictions générales, l’AMP sera guidée par un processus structuré et inclusif d’élaboration du plan de gestion. Un Comité exécutif de gestion de l’AMP, agissant comme organe principal de cogestion et appuyé par un comité consultatif technique, pilotera l’élaboration du plan en collaboration avec les structures communautaires et les institutions concernées. Dans ce cadre, l’AMP définira des modalités de zonage appropriées : les habitats écologiquement sensibles, tels que les systèmes de récifs rocheux, devraient bénéficier de niveaux de protection plus élevés, tandis que d’autres zones pourront autoriser des activités de pêche et de subsistance réglementées. Cette approche garantit que les mesures de conservation reposent non seulement sur des bases scientifiques, mais qu’elles sont également éclairées par les réalités sociales et ancrées dans les contextes locaux.
À l’avenir, un suivi et une application efficaces seront essentiels. Le renforcement de la gouvernance dans le cadre de la loi sur la pêche et l’aquaculture de 2025 (loi 1146), combiné à des procédures juridiques claires pour la désignation et l’application des règles, sera déterminant pour réduire les pratiques de pêche illégales et destructrices.
Parallèlement, l’AMP offre une plateforme pour la poursuite de la recherche scientifique, soutenant les systèmes de gestion adaptative du Ghana et ouvrant la voie à un apprentissage continu ainsi qu’à une meilleure compréhension des écosystèmes marins du pays.

L’AMBITION DU GHANA POUR L’OCÉAN
Cette AMP marque le début d’un effort national plus large visant à transformer la gouvernance des océans.
Comme le prévoit la stratégie émergente du Ghana pour les aires marines protégées (2026–2040), l’approche est délibérément progressive : elle commence par des sites prioritaires tels que la zone de Greater Cape Three Points, renforce les systèmes de gouvernance et de cogestion, puis s’étend progressivement vers un réseau national cohérent de protection marine efficace.
Cela reflète une vision à long terme : un système d’aires marines protégées bien gérées, écologiquement représentatives et socialement légitimes, qui soutiennent la conservation de la biodiversité, la reconstitution des stocks halieutiques et la résilience climatique. L’objectif n’est pas simplement de désigner des zones protégées, mais de construire un cadre durable et efficace pour une gestion durable des océans.
30×30 : L’AFRIQUE MONTRE LA VOIE
Les progrès du Ghana interviennent à un moment charnière pour l’action mondiale en faveur des océans. La communauté internationale avance vers l’objectif 30×30 — protéger au moins 30 % de l’océan d’ici 2030 — tandis que des plateformes comme la conférence Our Ocean continuent de stimuler les engagements et la redevabilité.
À travers l’Afrique, les pays traduisent de plus en plus ces engagements en actions concrètes, reflétant à la fois l’urgence écologique et les priorités de développement. Au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la reconnaissance de la nécessité d’approches coordonnées en matière de conservation marine et de gestion des pêches ne cesse de croître.
La première AMP du Ghana démontre que des progrès concrets sont possibles. Elle offre un exemple pratique de la manière dont la science, les politiques publiques et l’engagement des communautés peuvent converger pour produire des résultats tangibles.
UNE BASE POUR L’AVENIR
La création de l’aire marine protégée de Greater Cape Three Points représente un tournant, mais ce n’est qu’un début. Son succès dépendra d’une mise en œuvre efficace, d’investissements soutenus et d’une collaboration continue entre les parties prenantes. Aucune intervention isolée ne peut à elle seule reconstituer les pêcheries, mais, ensemble, des mesures de gestion intégrées ouvrent la voie à leur rétablissement.
Le Ghana a démontré qu’il est possible de passer de l’engagement à l’action. L’enjeu est désormais de s’appuyer sur cette base, en renforçant les systèmes, en étendant la protection là où cela est pertinent, et en veillant à ce que les bénéfices d’un océan en bonne santé soient largement partagés.
D’autres nations devraient en prendre acte. L’avenir de l’océan dépend de progrès collectifs, et le Ghana a franchi une étape cruciale.
Header image credit: Oceana, Micheal Aboya
About the author
Socrates Segbor is the Country Director of Global Fisheries and Resilience Action (GFRA LBG), where he leads efforts to advance sustainable fisheries management, strengthen marine governance, and promote community resilience. With over 15 years of experience in fisheries policy and practice, he works closely with government, civil society, and international partners to support reforms aimed at rebuilding fish stocks and improving livelihoods in coastal communities.
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