30×30 dans l’océan : réflexion sur les progrès de la protection des océans en 2025
L’océan est essentiel à la vie sur Terre. Il régule le climat, soutient les systèmes alimentaires mondiaux, dynamise les économies locales et fait vivre des millions de personnes. La communauté internationale s’est rassemblée autour d’un objectif clair, fondé sur la science : protéger et conserver au moins 30 % de l’océan mondial d’ici 2030 (30×30). Bien plus qu’un simple jalon, la réalisation du 30×30 est un impératif planétaire pour garantir que l’océan — et les populations qui en dépendent — puissent prospérer. En 2025, l’urgence de préserver sa santé est devenue impossible à ignorer.
PROGRÈS DANS LA COUVERTURE DES AIRE MARINES PROTÉGÉES
En janvier 2025, seulement 8,2 % de l’océan était désigné comme protégé. En décembre 2025, ce chiffre est passé à 9,9 % — la plus forte augmentation en une seule année depuis près d’une décennie. Les nouvelles désignations d’aires marines protégées (AMP) dans les océans Pacifique, Atlantique et Indien ont largement contribué à ce progrès, y compris d’importants engagements nationaux en Polynésie française, avec ce qui est désormais la plus grande AMP au monde. D’autres protections locales ont également été mises en place, notamment le paysage marin de l’île de Panaon aux Philippines et l’expansion des sanctuaires marins entièrement protégés dans le réseau des parcs marins du Sud-Est de l’Australie, des zones abritant le plateau continental biologiquement productif et le Grand récif austral.
La collaboration régionale a également permis des avancées. Dans l’océan Indien occidental, les pays ont renforcé les protections au niveau des réseaux dans les eaux partagées de la région, tandis que les pays d’Amérique latine ont poursuivi leur dynamique en vue de créer un ensemble connecté d’AMP dans le Pacifique tropical oriental (PTO).
DYNAMIQUE AUTOUR DU TRAITÉ SUR LES HAUTES MERS
Cette coopération multilatérale en 2025 s’est également étendue à l’accord sur la biodiversité au-delà des juridictions nationales (BBNJ), communément appelé le Traité sur les hautes mers, qui offre pour la première fois un cadre global permettant de créer des zones entièrement et fortement protégées dans les eaux partagées — des zones représentant 61 % de l’océan mondial.
Ayant atteint les 60 ratifications nécessaires pour que le Traité entre en vigueur lors de l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2025, celui-ci a bénéficié d’un soutien historique et a été récompensé par le prix The Earthshot. Au moment de la rédaction, il a été ratifié par 78 nations ainsi que par la Commission européenne et entrera en vigueur le 17 janvier 2026.
Le Traité est essentiel pour atteindre l’objectif marin du 30×30 et restaurer la santé et la résilience de l’océan mondial. Tous les pays devraient ratifier le Traité, participer à la première Conférence des Parties et collaborer afin de garantir sa mise en œuvre effective via un cadre institutionnel solide, transparent, équitable et efficace.
MILITANTS MOBILISÉS POUR UNE PROTECTION EFFICACE
Cette année a également mis en lumière les questions liées à la mise en œuvre. Bien que près de 10 % de l’océan soit protégé, seulement 3,1 % bénéficie d’une protection effective, les pratiques destructrices comme le chalutage de fond continuant dans des zones prétendument protégées, souvent qualifiées de « parcs sur papier ».
En mars, des militants se sont mobilisés lors d’une Semaine d’action pour l’océan afin d’exiger des changements. Une nouvelle étude de National Geographic Pristine Seas a été publiée, révélant un coût net pour la société européenne pouvant atteindre 11 milliards d’euros par an lié au chalutage de fond, avec 60 % des AMP européennes encore exposées à cette méthode de pêche destructrice. Certains progrès ont suivi avec la confirmation par le Tribunal général de l’UE de ses interdictions de la pêche en eaux profondes, y compris le chalutage de fond, mais les mesures visant à interdire cette pratique dans les zones protégées restent insuffisantes.
ÉTAPES NÉCESSAIRES POUR COMBLER LE DÉFICIT DE FINANCEMENT OCÉANIQUE
Le rapport 2025 sur le déficit de protection des océans a révélé que seulement 1,2 milliard de dollars par an sont actuellement consacrés aux efforts de protection des océans — une fraction des 15,8 milliards de dollars nécessaires chaque année pour atteindre l’objectif du 30×30. De plus, une analyse récente menée par Campaign for Nature, Pew Charitable Trusts et Rainforest Foundation Norway a montré que le 30×30 marin ne reçoit que 14 % du financement international.
Le rapport sur le déficit de protection des océans a également souligné la différence entre la désignation des AMP et leur gestion continue. Les coûts de création à court terme représentent moins de 5 % du déficit total de financement (environ 640 millions de dollars par an), tandis que la gestion continue des AMP est estimée à 15,2 milliards de dollars par an. Si la désignation constitue un investissement initial limité, une gestion efficace et durable des AMP et des autres mesures efficaces de conservation fondées sur des zones (OECM) nécessite un financement pérenne pour soutenir l’application, le suivi et la gouvernance, tant dans les eaux nationales que dans les hautes mers.
Malgré ce déficit évident, le financement des océans a connu un certain élan cette année : de nouveaux blue bonds et un soutien accru aux mécanismes de financement à long terme des AMP ont reconnu que la protection efficace nécessite des ressources durables, et non de simples déclarations politiques. Le Blue Economy and Finance Forum (BEFF) de juin 2025 a vu des engagements, notamment un investissement de 2,5 milliards de dollars de la Development Bank of Latin America and the Caribbean dans l’économie bleue de la région, ainsi qu’une annonce d’ORRAA indiquant que le #BackBlue Ocean Finance Commitment couvre désormais une valeur cumulée de 3,45 trillions de dollars d’actifs. La Commission européenne a également annoncé un investissement d’un milliard d’euros lors de la Conférence des Nations Unies sur l’océan 2025 pour soutenir la conservation des océans, la science et la pêche durable dans le cadre du Pacte européen pour l’océan.
Ces engagements financiers de haut niveau représentent une première étape importante et encourageante. L’accent doit désormais être mis sur la transformation de cette ambition en action, en créant les partenariats, mécanismes et solutions appropriés pour acheminer efficacement ces financements vers les initiatives de conservation et de protection des océans là où ils sont le plus urgemment nécessaires.
LEÇONS DE LA PROTECTION DES OCÉANS EN 2025
En regardant l’année 2025, plusieurs enseignements clés se dégagent :
- Le multilatéralisme et des processus inclusifs pour la protection des océans sont essentiels. Une grande partie des avancées de l’année a été rendue possible grâce à des collaborations solides et significatives entre les pays, les peuples autochtones et les communautés locales, les décideurs, les ONG et les parties prenantes.
- La protection doit être significative, soutenue par un financement durable et des plans de mise en œuvre. Le rapport sur le déficit de protection des océans a montré que la désignation des AMP n’est que la première étape. Le suivi et l’application des règles, le financement pérenne et des processus de gestion inclusifs déterminent si les protections sont réellement efficaces et produisent des résultats concrets.
- Les petits États insulaires en développement (PEID) montrent la voie. La gestion locale des zones marines est particulièrement efficace et s’appuie sur les traditions et les connaissances des peuples autochtones. Les PEID montrent l’exemple en matière de désignation des AMP et œuvrent pour de meilleures protections à l’échelle mondiale en ratifiant le Traité BBNJ et en promouvant sa mise en œuvre.
- La technologie transforme la conservation des océans. La surveillance par satellite, le suivi des navires basé sur l’IA et les outils de télédétection ont permis de détecter la pêche illégale, d’améliorer la transparence en mer et d’orienter les décisions de gestion marine. Ces technologies contribuent à égaliser les conditions pour l’application des règles et la gestion.
CINQ ANS POUR ATTEINDRE LES OBJECTIFS DU 30×30 : CE QUI DOIT ÊTRE FAIT MAINTENANT
À cinq ans de 2030, 2026 doit être une année d’ambition et d’action décisives pour l’océan. Une fois le Traité sur les hautes mers entré en vigueur, les nations devront agir rapidement pour s’accorder sur des cadres permettant de désigner des zones protégées dans des régions écologiquement cruciales. Pour atteindre le 30×30, les politiques nationales et les plans de mise en œuvre devront également passer à la vitesse supérieure. Les pays devront s’efforcer d’intégrer la protection des océans dans leurs plans climatiques nationaux et leurs stratégies nationales de biodiversité. La collaboration et le renforcement des capacités seront nécessaires pour soutenir les partenariats régionaux, promouvoir la gouvernance menée par les peuples autochtones et établir des protections dans les zones océaniques critiques.
En 2026, nous continuerons à faire progresser les priorités clés pour la protection des océans, notamment :
- Développement et déploiement rapides des mécanismes et des capacités nécessaires pour établir des AMP dans les hautes mers conformément au Traité BBNJ ;
- Combler le fossé entre les engagements financiers de haut niveau pour la nature et les solutions de financement durable qui doivent être développées et mises en œuvre sur le terrain pour atteindre le 30×30 ;
- Renforcer l’efficacité des AMP, éliminer les activités destructrices telles que le chalutage de fond dans les AMP existantes et nouvelles, et soutenir les capacités de gestion des zones une fois désignées ;
- Intégrer de manière équitable les OECM marines dans les contributions des pays à l’objectif mondial du 30×30 ;
- Et protéger tout en plaçant au cœur les droits et les connaissances des peuples autochtones.
Nous avons réalisé des progrès mesurables en 2025, mais beaucoup de travail reste à accomplir. Le 30×30 est encore atteignable si nous agissons avec un objectif commun vers cet ambitieux but. Protéger au moins 30 % de l’océan d’ici 2030 n’est pas seulement un objectif de conservation ; c’est une promesse faite aux générations futures et une garantie pour les systèmes de soutien à la vie de notre planète.
Les décisions prises en 2026 détermineront la santé de l’océan pour les décennies à venir. Ensemble, nous continuerons à soutenir cet élan en faveur de l’océan.
Crédit de l’image principale : Grant Thomas / Ocean Image Bank
About the author
Jonathan Kelsey is director of the Bloomberg Ocean Fund, a Bloomberg Ocean Initiative partner. He also oversees the Joint 30x30 Funding Initiative regranting fund to invest in ambitious new efforts that result in effective and equitable paths towards the global target to protect 30% of the ocean by 2030. Prior to his current role, Jonathan spent over 20 years in the U.S. Government as a diplomat and policymaker advancing ocean conservation initiatives both in the United States and internationally.
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