Belém et au-delà : Financer l’action océanique et climatique de première ligne

Alors que le monde tourne son attention vers Belém à l’approche de la COP30, Monique Barreto Galvão, vice-présidente de Rare Brésil, souligne l’urgence d’intégrer la résilience des communautés côtières et des écosystèmes marins essentiels, tels que les mangroves, dans les plans d’action climatiques mondiaux.

La vaste forêt de mangroves le long de la côte amazonienne du Brésil s’étend sur 14 000 kilomètres carrés, ce qui en fait la deuxième plus grande forêt de mangroves continue de la planète.

Mais cette vaste étendue n’est pas une nature sauvage déserte. C’est un paysage vivant abritant 3 200 espèces marines. Ces mangroves soutiennent la sécurité alimentaire de plus de 3,5 millions de personnes. Elles stockent le carbone à un rythme dix fois supérieur à celui des forêts tropicales matures. Elles agissent comme un rempart naturel contre les vagues de tempête et l’érosion côtière, intensifiées par le changement climatique. Et c’est là que les pêcheurs, les récolteurs de coquillages et les communautés traditionnelles locales assurent leurs moyens de subsistance, préservent leurs cultures et identités, tout en prenant soin d’écosystèmes d’importance mondiale.

Depuis des siècles, les communautés traditionnelles le long de la côte amazonienne du Brésil vivent avec les mangroves, apprennent d’elles et les défendent.

Le monde prend de plus en plus conscience de la valeur des mangroves. Lorsque les décideurs mondiaux se réuniront à Belém, au Brésil, pour la Conférence des Nations unies sur le climat (COP30), je m’attends à entendre beaucoup parler de la capacité des mangroves à piéger les émissions de carbone et à renforcer la résilience des zones côtières.

Mais les dirigeants soutiendront-ils ces convictions par les moyens nécessaires pour protéger à la fois les mangroves et les communautés qui en dépendent ?

La COP30 marque le dixième anniversaire de l’Accord de Paris sur le climat, dans lequel les nations se sont engagées à soumettre tous les cinq ans des plans nationaux d’action climatique pour lutter contre le changement climatique. En 2024, le Brésil a soumis son nouveau plan climatique à l’ONU, dans lequel les mangroves sont identifiées comme essentielles à la fois pour l’atténuation et l’adaptation au climat.

Il y a trois ans, les décideurs mondiaux ont adopté le Cadre mondial pour la biodiversité et l’objectif de protéger et de gérer 30 % des terres et des eaux mondiales d’ici 2030 (connu sous le nom de 30×30), objectif que le Brésil s’est également engagé à atteindre. Les progrès vers le 30×30 contribueront à freiner le changement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, en augmentant le stockage du carbone et en protégeant des zones qui soutiennent la résilience climatique et la sécurité alimentaire des communautés locales.

Au Brésil, les mangroves sont protégées au sein de zones appelées réserves extractives (en portugais : Reserva Extrativista, ou Resex), qui préservent l’écosystème tout en permettant une utilisation durable par les pêcheurs artisanaux, les récolteurs d’huîtres et d’autres exploitants locaux. Plus de 80 % des mangroves brésiliennes sont déjà désignées comme protégées grâce au système Resex.

Mais des lignes sur une carte ne garantissent pas automatiquement la protection sur le terrain. Ces engagements ne sont aussi solides que leur mise en œuvre locale : en réalité, seule une minorité des zones Resex disposent de plans pour leur opérationnalisation et leur gestion. Dans l’État du Pará, seuls 14 % des Resex ont des plans de gestion.

En tant que personne qui travaille chaque jour avec les communautés locales et les leaders qui protègent les mangroves, la solution pour combler le fossé entre engagement politique et action durable est claire : on ne peut pas avoir de plans sans les communautés. Les engagements mondiaux et nationaux doivent se traduire jusqu’aux municipalités et aux acteurs locaux.

Lorsque les communautés et les leaders locaux disposent des droits et des ressources nécessaires pour protéger la nature, ce sont eux qui sont les plus efficaces pour transformer les engagements nationaux en progrès réels et mesurables.

Rare donne la priorité à l’investissement dans le leadership communautaire et au renforcement des capacités des communautés de première ligne pour impulser des solutions de conservation et de résilience.

Un exemple est celui des Mères des Mangroves. Ce réseau de centaines de femmes pêcheuses brésiliennes travaille ensemble pour protéger les écosystèmes côtiers où elles vivent, travaillent et se divertissent. Les Mères organisent des réunions communautaires, des ateliers et des séminaires axés sur les meilleures pratiques de pêche et de récolte durable dans les mangroves, accompagnés d’éducation financière, d’entrepreneuriat et de clubs d’épargne, afin de financer des investissements dans les infrastructures communautaires. Cet accès accru au financement aide les pêcheurs à se constituer un filet de sécurité en période d’incertitude, renforçant leur confiance face aux risques climatiques et aux vulnérabilités financières. Et les solutions de bioéconomie, qui relient la protection des écosystèmes à la prospérité locale, améliorent en fin de compte la protection des écosystèmes et la résilience climatique.

Un autre exemple est Coastal 500, un réseau mondial de maires et d’autres leaders locaux engagés en faveur de communautés côtières prospères et dynamiques. Coastal 500, qui comprend des leaders locaux de 16 municipalités côtières du Pará, au Brésil, partage des solutions au niveau local et mondial, met en œuvre des politiques de protection côtière, de résilience et de pêche inspirées par les pairs, et démontre comment l’action dirigée par les communautés engendre un changement réel.

Il existe déjà d’innombrables exemples de plans de gestion durable dirigés par les communautés locales dans le monde entier. Malheureusement, les financements parviennent rarement à ces leaders, car les engagements internationaux s’arrêtent souvent aux niveaux national et régional. Pour que la forêt reste verte et la mer bleue, les comptes bancaires des communautés ne peuvent pas être dans le rouge.

La COP30 ne doit pas être simplement un lieu de déclarations et de discours politiques, mais une COP de l’action. La COP sera un succès si les dirigeants mondiaux trouvent des moyens concrets d’investir dans le leadership communautaire pour impulser des solutions climatiques et océaniques. Nous avons besoin de mécanismes de financement qui acheminent les fonds vers les communautés de première ligne, et il est essentiel d’établir un dialogue et une relation de confiance entre les leaders locaux et mondiaux.

Alors que les bailleurs de fonds mondiaux poursuivent de nouveaux objectifs, nous risquons d’être laissés pour compte et de voir nos écosystèmes protégés uniquement sur le papier. Pour concrétiser le potentiel de plans comme l’Accord de Paris ou le 30×30, nous devons investir efficacement dans la gestion des zones déjà protégées – aller au-delà des « parcs sur papier ». Ensemble, nous pouvons transformer ces engagements politiques en actions concrètes.

La COP30 à Belém est un moment charnière. Une décennie après Paris, nous ne pouvons pas nous permettre un cycle de discours ou de promesses vides. Les dirigeants doivent soutenir leurs engagements politiques par des ressources, la confiance et des solutions co-conçues avec les communautés. Si Belém devient la COP où le monde écoute enfin et investit dans les communautés de première ligne, alors la côte amazonienne ne se contentera pas d’accueillir le monde – elle contribuera à le sauver.

Crédit image d’en-tête : Enrico Marone pour Rare

22 October 2025 7 min de lecture

About the author

Monique Galvão

Monique Galvão is Vice President at Rare in Brazil. Over the past 7 years, she has been at the helm of the organization, dedicated to an environmental and social agenda. Her focus is on the protection and sustainable management of the Amazon Coast, collaborating with the government, private sector, universities, community leaders, and other NGOs.​ Monique and her team played a pivotal role in mobilizing and fostering connections with over 50 organizations to establish and strengthen marine protected areas in the northern region of Brazil.​ With a background in administration and information systems, Monique also holds an MBA in socio-environmental business. As a dedicated leader, she is currently advocating for the conservation of the Amazon coastal zone, where the mighty Amazon River meets the ocean.​