Pourquoi le renforcement des capacités détermine l’avenir de la protection des océans
Les aires marines protégées (AMP) figurent parmi les outils les plus efficaces au monde pour préserver la biodiversité et soutenir le bien-être humain. Mais les AMP ne se gèrent pas toutes seules : ce sont les personnes qui les gèrent. Leur succès dépend entièrement des individus et des systèmes qui mettent en œuvre les efforts de protection.
ÉVALUATION DU POUls DE LA PROTECTION OCÉANIQUE
Au début de ma carrière, j’ai pu constater directement le potentiel des AMP en soutenant la réserve de poissons de Sasanhaya, au large de Rota, dans les Îles Mariannes du Nord, territoire du Commonwealth situé dans le nord-ouest de l’océan Pacifique. Dans ce coin paisible de la baie de Sasanhaya, j’ai vu l’incroyable capacité des AMP à restaurer les écosystèmes et à soutenir les communautés. Mais j’ai également appris une vérité plus dure : une AMP n’est aussi solide que les individus, les institutions et les ressources qui la soutiennent.
Aujourd’hui, 9,9 % des océans mondiaux sont désignés comme protégés, mais seulement 35 % des AMP déclarent disposer de financements suffisants et seulement 9 % disposent d’un personnel adéquat pour leur gestion. De nombreuses AMP n’existent que sur le papier, créées avec de bonnes intentions mais dépourvues des ressources nécessaires pour produire de véritables bénéfices écologiques et sociaux. Alors que le monde se précipite pour protéger au moins 30 % des océans d’ici 2030 (30×30), nous ne pouvons pas continuer à créer des AMP qui ne vivent que sur une carte.
La conservation marine ne se limite pas à la biologie ; elle concerne également les communautés et la culture. Si nous voulons des AMP saines et efficaces, capables d’apporter des bénéfices durables, nous devons investir dans les personnes et les systèmes responsables de leur gestion.
LE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS EST UN VOYAGE PARTAGÉ
Pour atteindre l’objectif mondial 30×30 de manière équitable et efficace, le monde doit investir massivement dans les compétences humaines et les institutions. Des communautés locales aux réseaux régionaux en passant par les agences nationales, le succès dépend d’une main-d’œuvre solide et préparée, ainsi que d’organisations qui intègrent le renforcement des capacités dans la gestion quotidienne.
Historiquement, le renforcement des capacités était perçu comme une formation visant à acquérir de nouvelles connaissances et compétences, avec un modèle dépassé de « construction de capacités » impliquant souvent des experts prescrivant des solutions. Aujourd’hui, cette approche a évolué. L’accent est désormais mis sur le « partage de capacités », avec un processus collaboratif, un échange de connaissances multidirectionnel et des bénéfices mutuels.
Le succès durable dépend de la reconnaissance et du soutien des leaders locaux, en valorisant leur expertise essentielle, leurs connaissances traditionnelles et leurs liens culturels profonds avec leur territoire, tout en leur offrant des opportunités d’apprentissage auprès de gestionnaires d’AMP confrontés à des défis similaires dans d’autres contextes. Avec de nombreux gestionnaires travaillant seuls, submergés et sans le temps ni les ressources pour tester de nouvelles solutions, ce soutien est urgent. Dans l’ensemble, construire de véritables capacités à long terme nécessite :
- Des organisations ancrées dans des structures et systèmes efficaces et équitables, permettant de disposer d’une main-d’œuvre bien préparée.
- Un état d’esprit systémique ou tourné vers l’avenir, fondé sur des valeurs partagées, la confiance et la collaboration.
- Des politiques et des financements durables pour ouvrir la voie à la durabilité.
Malgré la nécessité d’une action systémique, le financement est souvent orienté vers des solutions rapides pour des AMP inefficaces dites « parcs sur papier », ne soutenant que des améliorations isolées au niveau des sites, qui génèrent rarement un changement plus large. Comme pour les systèmes éducatifs et de santé, un soutien global à tous les niveaux est crucial pour créer et maintenir des aires protégées.
ACTION COLLECTIVE POUR LE SUCCÈS DES AMP
En 2023, l’Blue Nature Alliance a rassemblé des leaders d’opinion mondiaux pour co-concevoir la manière de développer les capacités de gestion des AMP afin d’atteindre le 30×30. Cette collaboration a donné naissance à la Communauté de pratique sur les capacités des AMP (CoP), officiellement lancée lors de la Conférence des Nations Unies sur les océans en 2025 (UNOC3).
La CoP rassemble plus de 30 praticiens du renforcement des capacités des AMP issus d’universités, d’ONG, d’administrations et de bailleurs de fonds. Ensemble, ils adoptent une approche systémique, reliant les efforts mondiaux, régionaux et locaux, afin de surmonter les obstacles structurels qui continuent de limiter la gestion efficace des AMP. Plutôt que de dupliquer les initiatives, la CoP offre un espace pour partager les apprentissages, harmoniser les approches et renforcer l’impact collectif. Un élan remarquable s’est déjà créé, avec des ateliers régionaux et des engagements dans l’océan Indien occidental, l’Asie de l’Est et les Caraïbes.
La CoP travaille dans plusieurs domaines à fort impact, largement reconnus comme essentiels pour renforcer la main-d’œuvre et construire des systèmes et une gouvernance résilients :
- Long-term strategic investment: Government, non-profit leaders and funders align around sustained investment, enabling MPA systems to grow stronger over time and reducing chronic dependence on short‑term philanthropy.
- Gouvernance inclusive et ancrée localement : les communautés et les parties prenantes locales jouent un rôle central dans la prise de décision et la gestion quotidienne, garantissant que les AMP reflètent les priorités, les connaissances et les valeurs locales.
- Organisations et réseaux solides : les institutions disposent des outils, des ressources et des systèmes de soutien nécessaires pour développer, maintenir et pérenniser les capacités à travers les régions et les générations.
- Financement durable et piloté localement : les financements et la prise de décision s’orientent vers des modèles locaux, coordonnés et à long terme, renforçant la gestion responsable et permettant d’obtenir des résultats de conservation durables.
TRANSFORMER L’AMBITION EN ACTION
Le monde s’est fixé des objectifs ambitieux pour la conservation des océans, mais les progrès restent bien en deçà du rythme nécessaire. Ce moment exige de passer de l’ambition à l’action : renforcer la gestion de haute qualité, la gouvernance inclusive et le soutien institutionnel solide.
Aux côtés de partenaires, dont Together for the Ocean et la Communauté de pratique sur les capacités des AMP, l’Blue Nature Alliance œuvre pour combler le déficit de mise en œuvre et garantir que le 30×30 se traduise par une protection réelle, durable et équitable — et non par de simples tracés supplémentaires sur une carte.
Assurer cette protection nécessite de relever un défi critique et souvent négligé : le sous-financement chronique des personnes qui gèrent et soutiennent les AMP. Plus tard cette année, les résultats d’une étude mondiale sur la main-d’œuvre marine, inédite en son genre, seront publiés, révélant les graves lacunes en matière de personnel dans les AMP à travers le monde et fournissant des données essentielles pour orienter les investissements, les politiques et l’action.
En fin de compte, une protection durable des océans dépend des personnes. Investir en elles constitue l’action de conservation la plus importante que nous puissions entreprendre.
Header image credit: Erik Lukas / Ocean Image Bank
About the author
Lihla Noori leads Capacity and Learning at the Blue Nature Alliance, where she drives efforts to strengthen durable marine protected area (MPA) support systems around the world. She leads investments in regional and global partnerships, innovative capacity‑building approaches, and knowledge resources that help communities and practitioners create lasting ocean conservation outcomes. With more than 20 years of experience in conservation capacity building, partnership development, and philanthropy across Micronesia, the Caribbean, and Hawai‘i, Lihla has dedicated her career to empowering local leaders and organizations. Lihla holds a B.S. in Environmental Studies and an M.S. in Experiential Education, and she pursued postgraduate coursework in Marine Resource Management at James Cook University and the University of Guam. After two decades of island hopping, Lihla has made Hawai’i home for the past15 years. Happiest in the ocean, she spends most of her time Ubering her Irish twin boys to soccer and showing them that the “world is their oyster.”
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