Les écosystèmes antarctiques en péril : ce que la CCAMLR 2025 signifie pour l’océan Austral

Holly Parker Curry, directrice de la campagne sur les aires marines protégées (AMP) au sein de l’Antarctic and Southern Ocean Coalition, partage les principaux enseignements de la récente réunion de la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR), l’organisme international chargé de la conservation des écosystèmes marins antarctiques et de la gestion de la pêche dans l’océan Austral.

Alors que le monde suit de près les négociations climatiques de la COP30 au Brésil, une autre série importante de négociations environnementales, qui se déroulait à l’autre bout du monde, vient de s’achever. La Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR) est l’organisme international chargé de la conservation des écosystèmes marins antarctiques et de la gestion de la pêche dans l’océan Austral. Chaque année, la CCAMLR se réunit pendant deux semaines à Hobart, en Australie, pour examiner des questions clés relatives à la gestion et à la protection de l’océan Austral et de l’Antarctique. La réunion de cette année a mis en lumière de profondes divisions sur la meilleure manière de protéger la péninsule Antarctique et la minuscule espèce au cœur de son écosystème : le krill. Mais alors que la dynamique s’intensifie, les pays et les acteurs de la conservation se préparent déjà à faire bouger les choses l’an prochain.

AU CŒUR DE LA CCAMLR-44

Au cœur de la réunion de cette année de la CCAMLR se trouvaient deux questions étroitement liées : une proposition visant à créer une aire marine protégée (AMP) pour la péninsule Antarctique et la gestion de la pêche au krill qui couvre une grande partie de cette même zone.

Le krill antarctique est un petit crustacé ressemblant à une crevette et constitue la base de la chaîne alimentaire antarctique. Des baleines aux manchots en passant par les phoques, presque tous les animaux de l’Antarctique se nourrissent de krill ou consomment des espèces qui en dépendent. Le krill est important non seulement comme source de nourriture, mais aussi pour son rôle dans l’absorption du CO₂, stockant à peu près la même quantité de carbone que celle émise chaque année par 35 millions de voitures.

Pendant des années, les membres de la CCAMLR ont travaillé à concilier les intérêts de la conservation marine et de la pêche, reconnaissant que la protection des habitats et la gestion des captures doivent aller de pair. En 2024, les négociations autour d’une nouvelle approche de gestion de la pêche au krill et de la proposition d’aire marine protégée pour la péninsule Antarctique ont montré des signes prometteurs, mais se sont finalement effondrées avant la clôture de la réunion. Pire encore, une mesure clé de conservation qui régulait la pêche au krill et répartissait les captures sur une zone plus vaste a été autorisée à expirer l’année dernière, entraînant une concentration de la pêche plus importante que jamais. En conséquence, la pêche au krill a atteint son quota trois mois plus tôt cette année, obligeant la pêche à fermer prématurément pour la première fois de son histoire.

Cette année, les membres de la CCAMLR ont cherché à adopter de nouvelles mesures de gestion afin de réduire les impacts de la pêche concentrée au krill tout en faisant progresser la proposition d’aire marine protégée pour la péninsule Antarctique. Malheureusement, la proposition n’a pas été approuvée (car elle nécessite le consensus de toutes les parties) et, à la place, un petit nombre de membres a tenté d’étendre la pêche au krill sans ajouter de nouvelles protections pour la région. Cela a provoqué une forte opposition de la part de membres soucieux de la conservation, notamment le Chili, l’Argentine, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud, l’UE et ses États membres, ainsi que d’autres pays. Leur engagement clair et décisif en faveur de la création de l’AMP pour la péninsule Antarctique a permis de stopper l’avancée de propositions qui auraient donné la priorité à l’exploitation plutôt qu’à la conservation.

Bien que le maintien du statu quo n’ait pas été l’objectif ultime de la réunion, celle-ci a démontré l’engagement des membres soucieux de la conservation à ramener la CCAMLR en accord avec les engagements mondiaux de protection des océans, conformément au traité sur les hauts fonds récemment ratifié et à l’objectif mondial de protéger 30 % des océans d’ici 2030.

La vitalité de l’océan Austral est essentielle pour la santé des océans mondiaux et la stabilité climatique. Les scientifiques estiment que depuis les années 1970, l’océan Austral a absorbé jusqu’à 75 % de la chaleur excédentaire et 40 % du dioxyde de carbone généré par l’activité humaine. Son courant puissant agit également comme un véritable « convoyeur océanique » mondial, transportant des nutriments essentiels qui nourrissent les océans du monde entier, fournissant ainsi de la nourriture pour la planète entière et des moyens de subsistance à plus de 3 milliards de personnes qui dépendent des ressources marines et côtières. Il abrite également une biodiversité et des écosystèmes incroyables que l’on ne trouve nulle part ailleurs sur Terre. Bien que l’Antarctique puisse sembler lointain, la santé du continent et de ses eaux environnantes nous concerne tous.

Actuellement, 7 % de l’océan Austral est protégé grâce à des aires marines protégées (AMP) nationales, et 6 % supplémentaires le sont par deux AMP situées en haute mer : l’AMP des îles Orcades du Sud (désignée en 2009-2010, couvrant 95 000 kilomètres carrés) et l’AMP de la mer de Ross (désignée en 2016, couvrant 2 millions de kilomètres carrés). Quatre autres AMP sont en cours de négociation, couvrant 13 % (4,6 millions de km²) de l’océan Austral. Celles-ci incluent les AMP de la péninsule Antarctique, de l’Antarctique Est et de la mer de Weddell. Ensemble, elles permettraient de protéger 26 % de l’océan Austral, soit 2,6 % de l’océan mondial : une contribution majeure aux objectifs mondiaux de conservation, notamment l’initiative 30×30.

Même si la réunion annuelle de la CCAMLR vient à peine de se terminer, l’élan pour 2026 est déjà en train de se former. Les partisans des AMP, les défenseurs de l’environnement et les militants tirent la sonnette d’alarme face à une nouvelle année de pêche concentrée au krill dans la péninsule Antarctique. Certains distributeurs n’attendent pas la CCAMLR et retirent volontairement les produits à base de krill de leurs rayons, sous la pression d’organisations environnementales comme Sea Shepherd. D’autres ONG, comme le WWF, demandent un moratoire sur la pêche au krill jusqu’à ce qu’un cadre de gestion de la pêche très précautionnaire et basé sur l’écosystème soit mis en place.

Le message est clair : le monde observe. Pour que la CCAMLR respecte son mandat fondateur, elle doit trouver la volonté de dépasser les impasses politiques et d’agir de manière décisive pour l’océan Austral, avant qu’il ne soit trop tard.

Pour plus d’informations, consultez asoc.org.

Crédit de l’image en en-tête : Ocean Image Bank, Alex Williams

13 November 2025 7 min de lecture

About the author

Holly Parker Curry

Holly Parker Curry is the Marine Protected Areas Campaign Director at the Antarctic and Southern Ocean Coalition (ASOC). For more than 45 years, ASOC has been the leading voice for responsibly managing human activities that threaten Antarctica and the Southern Ocean. As the only environmental NGO invited to observe Antarctic Treaty System meetings, ASOC works at the highest levels of Antarctic governance to effect change from within.